Présentation de nos ateliers de métaphysique.
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Introduction
Le travail sur soi, qui est l’objet de notre livret précédent, n’est jamais une fin en soi. Il assouplit le caractère, dénoue certains conditionnements, apaise le mental, ouvre le cœur. Mais si vous avez suivi cette démarche avec sincérité, vous avez sans doute déjà senti poindre une question plus profonde encore, qui ne concerne plus seulement votre psychologie ou votre équilibre intérieur, mais l’origine même de ce qui vous fait vivre, penser, ressentir.
Cette question-là, la plupart d’entre nous la repoussons, faute de temps, faute de méthode, ou par crainte de nous égarer dans des abstractions stériles. C’est bien légitime. Mais c’est aussi, si vous me permettez cette franchise, un peu dommage.
- Car cette question de l’Origine n’est pas réservée aux philosophes de métier ni aux mystiques exceptionnels. Elle vous appartient, comme elle appartient à tout être qui s’interroge sincèrement sur ce qu’il est.
- Elle ne relève pas de la fantaisie de chercheurs au crâne pointu, qui prendraient plaisir à se donner mal au crâne avec des questions insolubles, ni non plus du questionnement oisif d’adolescents attardés, restés coincés dans des angoisses existentielles non résolues.
- Non, cette question est centrale pour tous. Elle est éminemment légitime et pertinente pour toute personne sensée, concernée par la vie, la mort et le sens profond de l’existence.
Ce second livret prolonge donc le premier, consacré au « Travail sur Soi », en vous invitant à franchir un pas supplémentaire : celui de la Métaphysique, entendue non pas comme une discipline savante, mais comme une pratique vivante, une méditation active sur les causes… et la Cause des causes.
Nous verrons ensemble ce qu’est réellement la métaphysique, pourquoi elle a toute sa place dans une démarche spirituelle sérieuse, comment on peut concrètement s’y exercer, quelles applications pratiques en découlent, où tout cela nous mène vraiment au fond, et en quoi ce questionnement, pourtant aussi vieux que l’humanité, reste toujours neuf et actuel pour celui qui s’y engage à son tour.
Comme pour le travail sur soi, il ne s’agira jamais de croire sur parole ce qui est avancé ici, mais de vérifier chaque affirmation par vous-même, dans votre propre expérience. C’est à cette seule condition que ce travail deviendra réellement vôtre et produira les ouvertures de la conscience en vous-même.
Précisons encore, que ce livret ne présente pas une thèse métaphysique, (même s’il y est fait allusion) mais se contente d’évoquer le travail qui peut être fait sur ce sujet.
Qu’est-ce que la métaphysique ?
Le mot fait parfois peur, ou pire : il ennuie d’avance. On imagine des traités poussiéreux, des débats d’université sans relation directe avec la vie réelle. Il convient donc de commencer par dire clairement ce qu’est la métaphysique, et ce qu’elle n’est pas.
Étymologiquement, la métaphysique se situe « au-dessus » ou « en amont » de la physique : elle s’intéresse à ce qui précède et fonde ce qui est constatable concrètement. Elle est, en somme, l’étude des Causes — non pas des causes secondes, mécaniques, que la science explore avec raison dans son domaine, mais de la Cause première, celle dont tout le reste découle.
Il faut ici distinguer la métaphysique de la théologie, souvent réduite à un ensemble de doctrines religieuses. Platon, le premier à employer ce terme de théologie, la définissait pourtant comme une « Science de la Divinité », visant à dépasser les fables mythologiques pour atteindre leur sens premier. En cela, théologie authentique et métaphysique se rejoignent : toutes deux cherchent, par-delà les représentations, la Source dont elles procèdent.
Très concrètement, la métaphysique nous plonge au cœur du Mystère, à la fois fondamental et essentiel : Qu’est-ce que Dieu (en admettant qu’il « existe », comme on dit trivialement) ? Quelle est la vocation de la Créature que nous sommes au sein de la Création, insufflée par le Créateur ? Qui suis-je, en définitive ?
Deux manières d’aborder la métaphysique
On peut envisager cette discipline de deux façons bien différentes :
- de façon passive, en apprenant des théories et des croyances toutes faites sur l’Origine, des dogmes à accepter sans discussion, ou des idées philosophiques étudiées comme un savoir parmi d’autres ;
- de façon active, en en faisant la recherche centrale d’une existence, une démarche libre qui ose se poser à soi-même toutes les questions spirituelles, jusqu’aux plus vertigineuses concernant l’origine, et même l’Origine de l’origine. Une recherche qui va chercher au fond de soi les réponses, plutôt que de lire autrui et s’en contenter.
C’est bien entendu cette seconde voie qui nous intéresse ici : non pas une promenade culturelle, mais un engagement du cœur autant que de l’esprit, une soif de vérité plus qu’une quête de savoir.
La démarche proposée dans ce livret s’inspire tout particulièrement des travaux de Jacques Breyer, notamment ses ouvrages « Terre Oméga » et « Vaincre la seconde mort ». Sa thèse métaphysique, exprimée en termes volontairement poétiques et hermétiques, propose plusieurs niveaux de lecture superposés, et de nombreux schémas et Géométries à examiner de près, pour en extraire tout le sel spirituel.
Elle part de la nature même de l’Origine, pour suivre les développements logiques de son Expression, depuis l’Abstrait jusqu’au Concret des mondes finis, en traversant les différents paliers vibratoires de la Relativité. C’est un voyage passionnant, à vivre en soi-même, et que ce livret vous invite modestement à entamer pour vous-même.
Dépasser les premiers a priori
Avant d’aller plus loin, il est utile de reconnaître les réactions naturelles que ce sujet suscite presque toujours au premier contact, afin de mieux les dépasser.
L’écueil de l’abstraction apparente
La métaphysique peut sembler purement intellectuelle. Cette impression mérite d’être nuancée. Certes, cette discipline mobilise l’intelligence, mais d’une manière qui dépasse la pensée ordinaire, linéaire et discursive.
Il s’agit de pénétrer dans ce qu’on peut appeler la Pensée Causale : une approche à la fois vibrante et globale, tout en restant logique et rigoureuse. Cela demande d’harmoniser les dimensions intuitive et rationnelle de l’esprit, plutôt que de les opposer, comme on réunirait les deux hémisphères du cerveau au lieu de n’en employer qu’un seul.
Comme toute pratique sérieuse — la musique, la cuisine, le jardinage, le sport, etc…— la métaphysique demande de la concentration, et de la persévérance. Cette exigence ne devrait pas vous décourager prématurément : vous ne saurez si cette voie vous convient qu’après l’avoir réellement essayée. Certainement pas après quelques minutes de lecture.
Si vous venez d’un autre enseignement spirituel
Si vous avez déjà suivi une voie spirituelle, vous pourriez être surpris de l’importance accordée ici à la géométrie et à la Pensée Causale. Dans de nombreuses traditions, les symboles ne servent que d’illustrations pédagogiques.
Cette approche métaphysique propose au contraire de voir dans ces symboles l’expression d’une géométrie fondamentale, un véritable « langage divin » sous-jacent. Loin de contredire votre pratique actuelle, cette perspective peut la compléter et l’approfondir : le Qi-Gong, la méditation ou le Yoga, par exemple, s’enracinent eux-mêmes dans des bases théoriques profondément métaphysiques, même si l’enseignement collectif que vous suivez se concentre peut-être surtout sur le corps.
Une approche directe, une démarche ultime
Cette démarche métaphysique se caractérise par sa marche directe vers la Source, « tel l’Aigle faisant face au soleil » ou « le Saumon remontant le courant jusqu’à sa source ».
Cette voie ne convient pas à tout le monde, et ce n’est pas un défaut de ne pas s’y sentir prêt aujourd’hui. Mais elle s’impose parfois naturellement, quand les préliminaires — corporels, émotionnels, spirituels — ont été suffisamment explorés, et qu’il ne reste finalement plus que cela à faire.
Pourquoi travailler la métaphysique dans une démarche spirituelle ?
On pourrait se demander pourquoi ajouter cette dimension à une pratique déjà exigeante, comme par exemple la prière, le Yoga, ou la méditation. La réponse tient en une image : tout est Miroir, et tout peut servir de support à l’élévation spirituelle, mais tous les miroirs ne réfléchissent pas avec la même clarté.
- Dans le Karma Yoga, on utilise le travail quotidien (et notamment le travail, dans la notion de service et de dévouement) comme point d’appui pour s’arracher à la torpeur de l’illusion.
- Dans le Hatha Yoga, on utilise les postures et le souffle pour calmer le mental et orienter l’attention vers l’Unité.
- Dans la voie de la dévotion (Bhakti Yoga), on utilise l’élan mystique de l’adoration.
Chacune de ces voies est légitime et féconde. Mais dans la voie métaphysique proposée ici, on utilise directement la Géométrie Causale pour Réfléchir la Conscience, l’Éveiller, la Densifier. Il n’existe pas de plus haut Miroir que l’Arcane lui-même, pour révéler l’Arcane en Soi (qui est d’ailleurs l’objet même du Jnana Yoga, ou Yoga de la connaissance).
Purifier le mental
Quand on travaille la métaphysique, on mobilise le mental jusqu’aux limites de ses compétences propres, et c’est précisément cela qui ouvre le Plan Causal.
C’est lorsque le mental touche et reconnaît sa limite — son incapacité à embrasser seul l’Unité — qu’il devient intelligent, à sa juste mesure. On parle alors d’un « mental purifié ». Cette ascèse métaphysique est parfois appelée le « Yoga royal, ou Yoga du front » : le travail direct de la conscience sur la conscience, sans intermédiaire.
Pour le dire autrement, c’est un peu comme si le frottement du Mental humain contre les Géométries Sacrées (et leur signification, pas seulement leur vibration ou l’émotion qu’elles suscitent) produisait des étincelles dans la conscience (à la manière dont les préhistoriques frottaient des silex pour allumer un feu).
Cette réflexion de la Conscience sur elle-même, au miroir de l’Abstrait, provoque une illumination progressive, une sorte d’écartement des mailles du filet mental, permettant le jaillissement des compréhensions causales…
C’est pour cela que je comparais cette ascèse du Front à une forme de Yoga, car la réflexion dans ces conditions, est opérante sur Soi en provoquant des transformations alchimiques sur l’esprit, l’âme, et même le corps in fine.
Le travail corporel prépare et prédispose, mais ne suffit pas
Vos pratiques corporelles, si elles sont justes, développent une conscience réelle, mais qui s’applique surtout au complexe vital-mental, et ne concerne que très indirectement la dimension Causale de notre être. Elles servent soit à entretenir la vitalité — ce qui est très bien en soi, mais n’est pas à proprement parler spirituel —, soit à préparer et intégrer, jusque dans le corps physique, une conscience Causale acquise par ailleurs. En ce sens, un enseignant de Yoga ou de Qi Gong qui négligerait totalement cette dimension priverait peut-être ses élèves d’une pièce essentielle du puzzle, même si son enseignement corporel resterait, à son niveau, tout à fait juste, légitime et précieux.
Le travail corporel est fondamental (au sens où il concerne les fondations), mais il faut reconnaître qu’il n’est pas essentiel (au sens où l’on pourrait presque s’en passer, dans certains cas d’incarnation où l’initié n’en a pas besoin, étant déjà prédisposé par ailleurs.
Ce fut le cas de Jacques Breyer, qui jamais ne fit une seule posture sur un tapis, jamais ne s’assit sur un zafu, jamais ne compta ses respirations ou ne fit des mouvements de Qi Gong. Cela ne l’empêcha nullement, de retour des camps de concentration, de devenir un immense métaphysicien, grand expert de la méditation et de ses états intérieurs).
En fait, les deux se complètent admirablement.
- Par le travail corporel, on affine sa sensibilité, le mental se calme et s’affute permettant par là-même d’accéder plus facilement à l’émotion métaphysique et aux clarifications dans la conscience que cela ne manque pas d’induire naturellement.
- Par le travail direct sur la conscience, les courant énergétiques mobilisés ne peuvent redecendre dans le corps, que s’il est dument préparé pour pouvoir supporter la charge énergétique que cela représente. Le corps devient alors un instrument d’expression de la Présence en soi. Et cela prend diverses formes, selon les destinées de chacun. Qui sera poète, peintre, musicien, guérisseur, pédagogue ou que sais-je ? La vie est infiniment créative, le corps est son support, il est sacré, comme nous avons eu l’occasion de le souligner par ailleurs, dans notre précédent livret sur le travail sur soi.
En « scrutant l’Abstraction Dirigeante », dit la tradition, on sécrète son corps Glorieux — ce mot que la tradition chrétienne réserve au corps de résurrection. C’est dire l’ampleur de l’enjeu : bien au-delà du confort ou de la souplesse, c’est une véritable structure psychique subtile qui se développe par ce travail.
Chaque courant spirituel s’exprime à travers deux dimensions :
- Une dimension religieuse, exotérique, qui s’adresse aux foules, à travers des dogmes simplifiés et des pratiques morales
- Une dimension dite ésotérique, un peu secrète, réservée aux individus qui s’arrachent du collectif par un long chemin d’individuation, et qui propose de penser par soi-même, passant par-dessus la lettre des églises, pour regarder l’esprit en face.
Vous voyez : le christianisme n’échappe pas à ce double aspect, quand il fait allusion à ce qu’il nomme « corps Glorieux » ou « corps de Résurrection ».
Le dogme exotérique renvoie là sans le savoir à une notion qui elle, est très ésotérique finalement, et selon laquelle il faudrait un corps spirituel (l’âme forgée par les frottements entre l’esprit et le corps) pour ressusciter « au-dessus des tombeaux ».
C’est, entre autres, ce sur quoi l’examen minutieux et objectif des questions métaphysiques, se penchera pour percer à jour ce genre de mystère.
Comment fait-on, sur le Sentier, pour méditer sur la métaphysique ?
Nonobstant la nécessité d’un travail sur soi préliminaire et complémentaire, déjà évoqué dans notre précédent livret consacré à ce sujet, il convient encore, avant de se mettre en réflexion sur la métaphysique proprement dite de procéder à une légère mise en condition. En effet, il ne s’agit pas de se jeter tête baissée dans la réflexion abstraite. Une préparation est nécessaire, à la fois pour le corps et pour le mental.
Faire d’abord le vide mental
Avant toute réflexion profonde, il est indispensable de se ménager un sas de décompression. Même si le vide mental absolu n’existe pas — pas plus que le silence total ou l’immobilité parfaite — on peut tout de même veiller à établir un calme suffisant pour permettre la concentration spirituelle dans de bonnes conditions.
Une pratique simple y aide beaucoup : la douche mentale. Dans une grande expiration, accompagnée éventuellement d’un mouvement des bras et des mains allant du visage vers le ventre, on visualise que tout ce qui est en trop nous quitte, comme une eau pure qui lave le corps énergétique de ses scories.
Cette image, empruntée à la fois à la visualisation moderne et aux grands principes du Qi Gong ancestral, prépare efficacement le terrain.
Puis vient l’assise : dos droit sans rigidité, attention posée sur le va-et-vient du souffle, sans chercher à respirer lentement ou profondément, simplement à l’écoute de ce qui se passe en soi. Il ne s’agit pas de « faire » le vide mental de force, mais d’observer que des pensées apparaissent, sans partir avec elles.
Dix à quinze minutes par jour suffisent déjà à instaurer un terrain de quiétude propice à la réflexion métaphysique. Et quelques minutes avant une session de travail permettent de reconvoquer à la demande cette disponibilité de fond.
L’objectif de ce préliminaire est de solliciter le mental et l’ego le moins possible dans les travaux qui vont suivre.
Nota : A travers ce petit exemple, on peut déjà deviner combien les méditations métaphysiques doivent revêtir une dimension sacrée, pour être bien alignées avec leur sujet.
Travailler à partir de la « page blanche »
Une fois ce calme établi, la méthode proprement métaphysique peut commencer. Mieux que d’apprendre une symbolique existante ou de lire la pensée d’autrui, il s’agit de s’interroger profondément, par soi-même, sur la Conscience et sur l’Essence de sa Manifestation.
Les Géométries Causales, telles que celles qui sont présentées dans les ouvrages architecturaux de toutes les traditions (les vitraux des églises, par exemple. Ou les proportions sacrées des pyramides Egyptiennes. Celles-là mêmes qui sont proposées par Jacques Breyer dans Son livre Terre-Oméga) permettent de « Réfléchir » ainsi, avec la sensibilité et la raison conjointes, en partant si possible de la page blanche, selon une méthode inspirée de la scolastique médiévale.
Ce travail est un exercice spirituel majeur, qui ouvre l’Entendement à une compréhension débordant les limites du mental ordinaire.
Conjoindre voie sèche et voies humides
Les traditions distinguent deux grandes familles de chemins.
- Les voies humides remontent de bas en haut : elles sont indirectes et longues, choisissant tactiquement de s’adresser d’abord aux parties basses de l’être — corps physique, corps énergétique, corps mental. On les appelle aussi « voie indirecte », « voie progressive », ou « voie linéaire », parce qu’elles remontent pas à pas du corps vers l’esprit.
- La voie sèche, elle, descend de haut en bas : elle est dite « directe », « abrupte » et donc plus brève. Elle entreprend l’être par sa dimension verticale. C’est cette dernière que propose la méditation métaphysique — non pas parce qu’elle serait supérieure dans l’absolu, mais parce qu’elle va droit au but, du moins pour celui qui est prêt à l’emprunter.
La rigueur du Trait Causal ne s’oppose pas à l’approche sensible, mystique et poétique. En fait, les deux approches se complètent et doivent être conjuguées, par chacun avec le dosage qui lui convient.
Il faut en effet conjoindre les deux pour accéder à une conscience plénière. Trop d’humide peut nous noyer dans la sensiblerie. Trop de sec peut nous dessécher. Ce qu’il faut c’est une tête qui voit clair et un cœur qui vibre fort. Nous allons parler du cœur tout de suite…
Maintenir son cœur vibrant, est la condition pour capter l’émotion métaphysique
Il ne faut jamais travailler un sujet métaphysique comme un pur exercice intellectuel. Réduite à un travail scolaire, la métaphysique n’a plus rien de spirituel : elle transforme l’or Causal en plomb Mental. C’est tout l’inverse qui est recherché ici.
Pour être sensible à ce que l’on peut appeler l’émotion métaphysique, il faut un cœur vibrant. Cette vibration cardiaque, avant d’être comprise, doit d’abord être ressentie : elle prend naissance dans le cœur, avant de remonter jusqu’au cerveau — et ce n’est qu’à ce moment-là que l’intellect intervient à son tour, pour organiser et mettre en mots ce qui a déjà été perçu autrement, telle une formidable intuition, voire une nostalgie (liée au pressentiment d’une Unité sous-jacente à la Dualité constatée) …
L’ordre est important : le cœur d’abord, la tête ensuite. Inverser cet ordre, faire de l’intellect le point de départ plutôt que le point d’arrivée, prive la méditation métaphysique de sa dimension la plus essentielle.
Cela risque de détourner le chercheur en sur-sollicitant son Mental (alors qu’il devrait au contraire rester calme) et bientôt en s’adressant surtout à son ego (dès lors fortement stimulé, alors qu’il devrait au contraire s’effacer).
Comme nous l’avons dit plus haut, il faut donc méditer à partir de la page blanche, en veillant à rester simple et sensible, comme un berger face au silence de la nuit, attentif au moindre bruissement sans rien chercher à « saisir », comme pour le relier par avance à du connu. En effet, on ne peut faire entrer l’infini dans le fini, le Causal dans le Mental.
C’est en se tenant ainsi, et en persévérant patiemment dans cette posture, que le Ciel finit par s’ouvrir (« Aide-toi, et le Ciel t’aidera ! … »), et que l’Entendement profond nous transforme peu à peu de l’intérieur, révélant en quelque sorte la Conscience à elle-même.
Privilégier dans son cœur une conscience « relationnelle »
Ce mouvement du cœur à la tête rejoint ce que certains enseignants contemporains, comme Yogani, appellent la conscience du Soi « relationnelle » : une conscience qui n’est jamais purement abstraite ou impersonnelle, mais toujours relative — c’est-à-dire mise en relation, précisément par le cœur, avec ce qui est vécu.
Ce n’est donc jamais une connaissance froide et extérieure au sujet qui la porte, mais une connaissance incarnée, vécue de l’intérieur, en lien vivant avec ce qu’elle éclaire.
Nota : Ce que l’intelligence artificielle ne pourra jamais faire à votre place
On mesure ici la différence radicale entre « comprendre » et « intégrer ». Une intelligence artificielle pourrait aujourd’hui lire l’intégralité des textes des grands génies de notre humanité en matière de métaphysique, en restituer la logique avec une parfaite exactitude, et l’expliquer à un intellectuel qui, en l’écoutant, « comprendrait tout » de façon rigoureuse.
Mais sans un cœur vibrant, sans émotion métaphysique, cette compréhension resterait extérieure à celui qui la reçoit : une information de plus, aussi brillante soit-elle, mais ne provoquant aucune prise de conscience véritablement transformatrice — donc sans le pouvoir d’action qui, normalement, en découle.
Densifier le témoin, distinguer les deux formes de pensée
C’est précisément le rôle de la méditation que de densifier, en soi, ce que l’on appelle le Témoin : cette capacité de conscience qui observe les pensées sans s’y perdre, et qui seule permet de distinguer la Pensée Causale — intuitive, globale, unitive — de la pensée mentale — discursive, fragmentée, tournée vers la dualité.
- La pensée mentale reste précieuse pour organiser le quotidien, mais elle ne peut, par nature, accéder à l’Unité : elle ne fait que reconstruire, à partir de repères déjà connus, une représentation du réel qu’elle finit par prendre, à tort, pour le réel lui-même.
- Seule la Pensée Causale, portée par le cœur vibrant et accueillie dans le silence de la page blanche, permet cette saisie directe, globale et vivante de l’Unité que le mental, seul, ne pourra jamais atteindre.
Dans quel ordre aborder la question : de l’Origine non manifeste à notre planète
Le travail méthodique débute par un examen minutieux et patient de ce qu’on peut appeler la « Descente métaphysique » au sein de l’Ouroboros — ce serpent de, la mythologie grecque, qui se mord la queue, symbole du cycle refermé sur lui-même.

Cette première étape part de la nature même de l’Origine (que par convention, la tradition nomme Dieu. Notons qu’il n’y a pas besoin de « croire » à quoi que ce soit. Au contraire, ici, sans préjugés ni tabous, on aborde les questions essentielles par le fond, en conjuguant un raisonnement logique et rigoureux à la sensibilité, pour voir par soi-même ce qui nous semble le plus juste et vrai, à l’intérieur de nous-même, et pas selon une autorité extérieure quelle qu’elle soit).
Ainsi, l’Origine ultime n’aurait-elle pas comme caractéristiques ; Unité, Créateur, Incréé et non manifeste ? C’est là ce qu’on nomme la métaphysique de l’Origine : la réflexion la plus dépouillée, qui ne s’attache encore à aucune manifestation particulière, mais cherche seulement à approcher, autant que faire se peut, ce qui précède toute chose.
Ensuite vient la conscience que cet être a de lui-même, car s’il est l’Origine de Tout, il ne lui manque rien et certainement pas la conscience …
Cette Conscience émanée, expression d’une faculté d’être conscient de soi, est donc différente de son Auteur (autant qu’une pensée peut être différente d’un penseur) mais en tous points représentative de ce dernier, puisqu’elle en est la conscience !
Pour tenter de la représenter à son stade le plus originel, c’est donc la figure du Point mathématiques sans dimension, qui sera la plus adaptée (un sacré « point de départ »).
Vous voyez par exemple cette affirmation n’est qu’une proposition, qu’il convient de « challenger », de remettre en question pour l’infirmer ou la valider si elle semble correcte, après vérification. Un atelier de métaphysique en groupe sert à se poser toutes ces questions, dans l’ordre, en prenant son temps, sans intellectualisme, et en toute liberté.
Et ce Point, conscient de Lui-même, en tant qu’expression de l’Origine Non Manifeste, se déploie si je puis dire. (Est-ce vrai ? Pourquoi ? Y aurait-il d’autres options ?). Alors, il se découvre une double nature : à la fois un centre et un pourtour respectivement infinis, comme le dit si bien Jacques Breyer, mais aussi un regard interne Cônique.

Comment accéder à ceci ?
En plongeant dans son propre cœur, non pas pour projeter sur la vie notre vision du monde (sorte d’anthropomorphisme), mais pour découvrir au cœur de Soi ce qui est plus grand que Soi, et qui y siège en Maître intérieur.
On y découvre peut-être cette figure déployée de la respiration de la Conscience au sein du Point. On aura compris, que ceci n’est pas un dogme, mais une chose à examiner attentivement sans crédulité, à défaut de la découvrir par soi-même :

Vient ensuite ce qu’on désigne parfois comme « le jeu des flèches » : l’étude des manifestations du Feu, de l’Air, de l’Eau et de la Terre, telles qu’elles se déploient sur une planète donnée — par exemple : la nôtre.
Cette étape fait descendre la réflexion de l’Origine absolue vers ses premières expressions concrètes, les quatre éléments traditionnels, qui structurent depuis toujours la cosmologie de nombreuses civilisations, et qui préparent le terrain à une lecture plus fine encore de la Création.

Puis vient le travail sur la nomenclature des ténèbres — c’est-à-dire l’étude patiente de ce qui, dans la Création, semble s’opposer à la Lumière ou s’en éloigner, et qu’il faut apprendre à nommer avec précision avant de pouvoir le dépasser.
Ce n’est qu’au terme de ce long parcours — Origine, éléments, ténèbres — que l’Arcane du Royal-Secret peut véritablement s’ouvrir, révélant alors, comme en une clé de voûte, l’unité profonde de tous les symboles rencontrés en chemin.
Pourquoi la géométrie comme support de méditation ?
Pourquoi la géométrie, plutôt que le mot ou le concept mental, pour exprimer l’Arcane ? Parce que le langage verbal, aussi raffiné soit-il, reste prisonnier de la succession : un mot suit un autre mot, une idée suit une autre idée, et cette succession trahit déjà, par sa nature même, l’Unité qu’elle cherche à décrire.
La géométrie, elle, se donne à voir d’un seul tenant : une Sphère, un Cône, un Point se saisissent en un seul regard, dans leur totalité, sans cette succession qui morcelle. Elle constitue ainsi le langage le plus proche de l’Abstrait pur, celui qui trahit le moins, en le traduisant, le Mystère qu’il désigne.
C’est pourquoi les grandes traditions — pythagoricienne, maçonnique, alchimique, hermétique — ont toutes fait de la géométrie sacrée leur outil de prédilection pour transmettre ce que les mots, seuls, ne peuvent qu’effleurer.
Vous vous demandiez peut-être pourquoi les « Compagnons du devoir » parlent du Trait, du Compas et de l’Equerre, ainsi que du « chiffre des choses » ? Ce n’est certes pas que pour représenter de braves outils d’architecture ou de menuiserie d’art. C’est d’abord parce que la Géométrie métaphysique sous-tend l’Art sacré, des Cathédrales célèbres aux Cryptes opératives les plus discrètes.
Symbolique conventionnelle et Géométrie Causale
« Nul n’entre ici s’il n’est géomètre » – Cette phrase était gravée au fronton de l’Académie d’Athènes, l’école philosophique fondée par Platon vers 387 av. J.-C.

Il faut ici lever une confusion fréquente. La Géométrie Causale employée dans ce travail est parfois assimilée, à tort, à une symbolique parmi d’autres — comparable aux symboles conventionnels que l’on trouve dans certaines traditions initiatiques, où un objet représente une idée par une convention établie entre les hommes, une sorte de code à apprendre. Ce n’est pas tout à fait le cas ici, et la nuance mérite d’être précisée.
- Une symbolique conventionnelle reste un langage humain : elle établit un rapport arbitraire, même mûrement pensé, entre un signe et un sens, rapport qui doit être enseigné et mémorisé pour être compris.
- La Géométrie Causale, elle, ne fonctionne pas ainsi. Ce n’est pas un code à apprendre, mais une structure de proportions et de rythmes que l’on peut reconnaître, une fois qu’on y est rendu suffisamment attentif, comme l’expression directe d’un ordre qui précède toute convention humaine. Le nombre d’or, les rapports harmoniques d’une gamme musicale, la spirale d’une coquille : ces formes ne signifient pas une idée par convention, elles manifestent un ordre — elles sont ce qu’elles représentent, autant qu’elles le désignent de l’extérieur.
C’est en ce sens qu’on peut dire que la géométrie constitue le langage du Créateur : par ses proportions et son rythme, elle est la forme la plus abstraite que puisse prendre Dieu pour S’exprimer à travers Sa Création, tandis que la symbolique conventionnelle demeure un langage de l’homme — précieux et légitime, mais second, élaboré après coup pour tenter de traduire, dans les limites d’une culture et d’une époque, ce que la Géométrie donne directement à voir.
C’est pourquoi ce travail métaphysique privilégie toujours, autant que possible, le contact direct avec la forme géométrique elle-même, plutôt que son seul commentaire ou son interprétation symbolique — celle-ci ne venant qu’en second, pour accompagner et prolonger ce que l’expérience directe a déjà révélé.
Quelles applications pratiques découlent de la conscience éclairée par la métaphysique ?
On pourrait croire que ce travail intérieur reste sans effet sur la vie concrète. C’est tout le contraire : une métaphysique authentique débouche toujours sur des conséquences tangibles. Voyons-en ensemble quelques exemples.
Amour pour la nature et amour pour autrui
La conscience de l’Unité, de plus en plus vibrante en soi, révèle peu à peu les potentiels de l’Être, et débouche naturellement sur un Amour global pour la vie sous toutes ses formes. Ce n’est pas un idéal moral imposé de l’extérieur, mais une conséquence spontanée du travail intérieur : on ne peut pas approfondir réellement la conscience de l’Unité sans que son rapport aux autres, à la nature, à soi-même s’en trouve transformé.
Cela ouvre des questions très concrètes, que chacun peut se poser à son échelle :
- Ne devrions-nous pas respecter la nature comme un être vivant et sensible, plutôt que de la traiter comme si elle n’était là que comme une ressource sans vie, devant servir à nos consommations horizontales, selon une pensée matérialiste à court terme ? N’y aurait-il pas là l’élan originel de ce qu’on pourrait appeler une « écologie spiritualiste », désignant à la fois
- une écologie empreinte de spiritualité (qui donne à l’écologie ordinaire une assise et des perspectives infiniment plus vastes, en la resituant dans un cadre global incluant la dimension spirituelle),
- et une écologie de l’esprit (commençant par respecter sa propre écologie psychique, afin de mieux pouvoir s’occuper des lacs et des forêts) ?
- Étant donné sa place dans l’Architecture cosmique, l’humanité — sans distinction de races, de sexes ou de religions — n’est-elle pas responsable de prolonger le Beau Plan qui la dépasse et la précède ? Et dans cette « Mission » (surtout au point où nous en sommes rendus de mettre en danger la vie sur terre, à cause de nos pollutions) les êtres humains ne ressentent-ils pas qu’ils se rejoignent dans une Fraternité réelle, par-delà les bonnes intentions et des valeurs théoriques affichées ?
- L’attitude la plus juste envers autrui n’est-elle pas la conciliation, comprenant que chacun est différent, et mérite le plus grand des respects en tant qu’expression singulière de la Divinité, quel que soit le stade de son développement de conscience ?
Densification individuelle
De même qu’un travail musculaire régulier développe la masse, la souplesse ou l’endurance du corps, le travail répété sur le champ de conscience développe une véritable anatomie subtile, qui va bien au-delà du corps physique. Ce n’est donc pas un travail réservé à quelques instants de méditation isolés, mais une pratique qui, répétée, structure progressivement l’être tout entier. Se pourrait-il que ce soit cette structure psychique, secrétée par la fréquentation de l’Abstrait, qui assure une pérennité à l’âme, gage de résurrection ?
Certains auteurs de la « non-dualité » (voire chapitre 7) prétendent que l’illumination dissout l’individualité. C’est peut-être leur propre expérience. Et c’est sans doute un paradoxe à questionner, à moins que ce ne soit une question stérile, si elle est prise à contre-temps de son propre travail sur Soi et engagée par son côté intellectuel qui voudrait tout comprendre et mettre en boite avant de l’avoir vécu. C’est en tous cas une question possible en atelier.
En marche vers l’Opératif ?
La conscience de l’Unité rapportée à une action de « prière dirigée », dite de « haute science », est ici formulée avec le terme « Opératif », emprunté à la tradition maçonnique (dont la portée universelle constitue avec les autres Traditions du monde, un héritage commun offert à l’humanité toute entière, trêve des querelles de clochers, ridicules et dépassées).
En effet, le « Beau Plan » du « Grand Architecte » pose tout l’enjeu de ce que l’on appelle l’Opératif : la mise en pratique concrète de la compréhension métaphysique à travers divers actes « magiques », qui densifient encore la conscience, et agissent éventuellement sur le monde, à travers sa part invisible.
Ce chantier mérite à lui seul un livret entier, que nous publierons dans la foulée de celui-ci ; il ouvre en tout cas une perspective claire : la métaphysique n’est jamais un exercice pour soi seul, coupé du monde et de l’engagement qu’il appelle.
Où tout cela nous mène-t-il, au fond ?
La passion pour la vérité répond à un besoin impérieux de découvrir le sens profond des choses. A la limite, on pourrait même dire qu’elle n’a pas d’autre objectif qu’elle-même. Mais, après tant de considérations, il est légitime de revenir à la question la plus simple et la plus directe : « où toute cette réflexion métaphysique nous mène-t-elle ? ». La réponse tient dans une expérience personnelle, plus que dans une explication à l’avance.
Mais on peut tout de même en survoler ensemble plusieurs aspects.
L’expérience ordinaire du « Je suis »
Ce travail conduit très vite à reconnaître en soi cette évidence toute simple : « je suis ». Non pas comme une pensée qu’on formule, mais comme une expérience directe, indubitable, qui précède toute pensée à son sujet.
Ce « Je suis » se manifeste souvent dans des moments très ordinaires : un sentiment d’être accompagné (même seul chez soi), la beauté d’un paysage qui semble nous regarder autant que nous le regardons, un silence qui paraît presque vibrer, un bien-être qui affleure, sous la douleur comme sous le plaisir.
Ce ne sont pas des expériences réservées aux mystiques accomplis. Elles sont accessibles à quiconque prend le temps de s’y rendre attentif. Le mystère du « Je suis » n’a rien d’extraordinaire au sens où on l’imagine parfois : il est la chose la plus ordinaire, la plus proche, si proche qu’on finit par ne plus la voir. Cette réalisation vécue est centrale. Elle fait donc l’objet d’expérimentations et de réflexions ciblées, dans le cadre des ateliers de métaphysique.
Et de ce « je suis » découle naturellement un « Il est », sous-entendant que si « je suis », alors « il y a » bien quelque chose. Et ce quelque chose, qui est-il ? Quelle est sa substance s’il en a une ? Etc… Voltaire s’étant penché sur la question aurait dit cette phrase en guise de réponse : « il ne peut y avoir d’horloge sans horloger ». Soit, c’est sans doute un point de vue à explorer à fond et par soi-même, mieux qu’à lire ici nos lignes maladroites.
« Je suis, donc Il est » : Apprécier l’immanence et la transcendance de Dieu
Si l’on pousse la réflexion jusqu’à sa racine, on découvre qu’une Origine, pour être véritablement première, ne peut être circonscrite ni localisée. Même pas dans ce qu’elle a créé : en ce sens, Dieu n’existe pas au sens où existent les choses de ce monde — mais « Il Est ».
Et parce qu’Il est Tout, par définition, Il s’exprime pleinement dans chaque partie de Sa Création (immanence), sans jamais cesser d’en être le Créateur, depuis toujours et à jamais (transcendance).
Le tout se retrouve dans chaque partie, et la somme des parties constitue le Tout.
Dès lors, la vision éclairée, reconnaît en chaque chose une expression de la perfection. La vie toute entière, et le monde en particulier, devient ainsi le « Tabernacle de la Présence » … Voilà entre autres où nous mène la réflexion métaphysique si elle est menée profondément, à cette conviction enracinée, « expériencée », que : Tout est Sacré et nous baignons dans le Numineux (expression chère à K.Graf Dürkheim).
Un bien-être qui ne dépend pas des circonstances
Voilà donc, très concrètement, où mène ce travail : à révéler peu à peu un bien-être fondamental, qui n’est pas suspendu aux circonstances extérieures. Alors, depuis cet état de fond de notre nature Essentielle, on peut ressentir la peine sans être triste, accueillir l’agitation sans perdre le calme.
Et ceci n’est pas un déni des difficultés de l’existence, mais la découverte d’un fond stable sous les vagues, disponible en toute circonstance à qui prend le temps de s’y rendre attentif.
On comprend bien que ceci ne peut pas constituer le résultat d’une lecture, mais plus certainement celui d’une expérience, soutenue et illuminée par le raisonnement métaphysique sur l’Origine (et notre nature qui en découle).
Dissolution de l’illusion d’un ego séparé
Pourquoi ce travail agit-il si profondément sur le sentiment de séparation qui nous habite ordinairement ? Parce que l’ego, tel que nous le vivons au quotidien, n’est pas une réalité en soi, mais une construction du mental — une frontière que l’esprit trace autour d’une portion de l’expérience, et qu’il prend ensuite pour son identité véritable.
Cette frontière n’a rien d’absurde ni d’inutile : elle permet d’agir, de décider, de se situer dans le monde. Mais elle finit par masquer ce qui la précède et la porte : la Conscience elle-même, qui n’est, en son fond, ni séparée ni limitée.
En travaillant directement sur la Géométrie Causale plutôt que sur les seuls contenus psychologiques de l’ego, la métaphysique évite l’un des principaux pièges du travail intérieur : vouloir dissoudre l’ego avec les outils mêmes de l’ego, c’est-à-dire avec le mental qui l’a construit.
Réfléchir sur l’Unité, la Sphère, le Point central, ne s’adresse pas à l’ego mais directement à ce qui, en nous, est capable de reconnaître l’Unité — et cette faculté-là, précisément, ne connaît pas la séparation, puisqu’elle est l’Unité elle-même, dont nous n’avons jamais été séparé, puisqu’elle est nous et nous sommes elle… L’exercice méditatif et réflexif, stimule et développe la manifestation en soi de cette partie de nous-même, qui est de même nature illimitée. C’est en cela que ce travail est opérant, et constitue la base de tout Opératif ultérieur, qui ne serait que singeries sans ce fond de conscience métaphysique réelle.
Ce travail suit généralement deux temps.
- D’abord, une perception : dans certains instants de calme profond, on ressent furtivement que la frontière entre soi et le reste s’assouplit, se traverse, sans que rien de grave ni de dangereux ne s’ensuive — bien au contraire, une paix profonde accompagne cette expérience de paix intérieure.
- Puis, avec la répétition, cette perception s’intègre : elle cesse d’être un événement rare et fugace pour devenir un arrière-plan stable, une manière ordinaire d’habiter le monde, où la dualité continue d’exister dans le quotidien — il y a bien un moi qui parle à un autre, une action qui suit une intention — sans plus jamais recouvrir totalement cette Unité sous-jacente, désormais reconnue et disponible en permanence.
Pour autant, comme nous le laissions sous-entendre un peu plus haut, le sentiment d’individualité ne se dissipe pas totalement, loin de là, il peut même se trouver renforcé, comme la vague s’assume en tant qu’individu dans l’océan, comme un nœud dans le bois.
Ce « Je » différencié, certes superficiellement et momentanément le temps de l’expérience incarnatoire, est certainement mieux centré, assumant mieux ses correspondances naturelles (nous en reparlerons à propos d’Opératif dans notre prochain livret consacré à ce sujet), et ne se confond ni avec autrui, ni avec sa propre « personnalité ».
Encore une fois, ceci est affaire d’expérience et non de théorie. Les témoignages de maîtres spirituels sont toujours intéressants pour faire réfléchir, mais ce qui s’applique à l’un ne joue pas forcément de la même manière pour l’autre.
Aussi « soyons chacun une force authentique », comme le disait Jacques Breyer, et soyons d’abord nous-même, avant de croire autrui, sur sa bonne mine et quel que soit son halo d’autorité spirituelle.

En quoi l’approche métaphysique est-elle à la fois « traditionnelle », et pourtant toujours neuve ?
Cette recherche rejoint, par des voies très différentes, ce que d’autres grandes traditions ont formulé sous le nom de non-dualité.
- L’Advaita Vedanta indien, avec des maîtres comme Shankara, affirme que le Soi (Atman) et l’Absolu (Brahman) ne sont pas deux, mais Un — ce que l’expérience directe du « Je suis », évoquée plus haut, vient précisément confirmer.
- Le Taoïsme chinois formule une intuition très proche lorsqu’il décrit le Tao comme cette Origine indicible, antérieure à toute distinction, dont procèdent le Yin et le Yang réunis.
- En Occident, cette intuition trouve un écho puissant chez Maître Eckhart, ce dominicain rhénan du XIIIe siècle dont les sermons évoquent une « étincelle de l’âme » (Fünklein) où l’être humain et Dieu ne font plus qu’Un, au-delà même de toute image et de tout concept de Dieu.
- Dans la tradition soufie, Ibn Arabi développe une intuition très voisine avec sa doctrine de la Wahdat al-Wujud, l’Unité de l’Être, selon laquelle toute chose créée n’est qu’une expression, un mode de manifestation, de l’Être unique.
- Le tantrisme du Cachemire, enfin, offre l’une des formulations les plus abouties de cette non-dualité, notamment chez Abhinavagupta, dont le monumental Tantraloka décrit comment la Conscience absolue (Shiva) se manifeste sous forme d’énergie (Shakti) sans jamais cesser d’être elle-même : la diversité du monde manifesté n’est alors rien d’autre que le jeu (Lila) de cette Conscience unique se reconnaissant elle-même à travers une infinité de formes.
Toutes ces voies, en dépit de leurs vocabulaires et de leurs contextes culturels très différents, ne désigneraient-elles pas une seule et même Réalité ? Celle-là même que la Géométrie sacrée s’efforce, à sa manière, de rendre visible.
La transmission spirituelle de Saint Jacques le Majeur (sans parchemin établissant une continuité historique)
Le nom du chemin de Compostelle, dédié à St Jacques, signifie étymologiquement le « champ de l’étoile » (campus stellae).
L’étoile, ici, n’est pas un simple ornement : elle renvoie à l’étoile du Berger, celle qui guide et permet de se retrouver dans l’obscurité, comme les Rois Mages ont suivi les étoiles jusqu’à la crèche (jusqu’à cette émergence de la Lumière au sein des Ténèbres que la tradition situe un 21 décembre, jour du solstice d’hiver, où la nuit la plus longue de l’année cède enfin la place au retour de la lumière.)
On retrouve cette même symbolique stellaire dans le Sceau de Salomon, cette « étoile de David » à six branches, formée de deux triangles entrelacés, que l’on peut aussi lire comme le « Royal+Secret » :
Plutôt qu’un simple triangle inscrit dans un cercle, mieux vaut se représenter cette figure comme un Cône parfait inscrit dans une Sphère : deux cônes opposés par la pointe, l’un montant, l’autre descendant, se rejoignant en un Point central (et originel) qui n’est autre que le Cœur du « Je Suis ».
Cette figure géométrique à trois dimensions restitue ce que le dessin plan ne peut pas évoquer aussi clairement :« les Jeux de l’Unité » – ce mouvement réel de l’Esprit qui descend dans la matière et de la matière qui remonte vers l’Esprit, l’un et l’autre se rencontrant en un point d’équilibre parfait.

C’est pour cette raison que la métaphysique proposée ici travaille tout particulièrement cette Géométrie sacrée, transmise par la lignée métaphysique du Christ transmise à Jacques le Majeur : elle n’est pas un simple outil pédagogique parmi d’autres, mais la trace la plus fidèle, dans le domaine de l’Abstrait, du mouvement même de la Conscience et de la Création.
Et on comprendra au fil des ateliers qu’il ne s’agit pas là d’un symbole daté, ou appartenant à une culture spécifique, mais d’une figure universelle, et éternelle.
Depuis toujours et à jamais…
La quête métaphysique s’enracine donc dans un héritage ancien et respectable. Elle dialogue avec Platon et sa Science de la Divinité, avec le raisonnement de Parménide sur l’impossibilité du Néant, avec la méthode de la scolastique médiévale, avec le langage symbolique de la tradition maçonnique et hermétique, avec les textes fondateurs du Taoïsme et du Yoga. Rien, ici, n’est inventé de toutes pièces : c’est un fil que beaucoup d’êtres, avant nous, ont tenu avec sérieux.
Et pourtant, cette démarche traditionnelle ne se transmet pas comme un savoir qu’on apprendrait par cœur. C’est là tout le paradoxe, et toute la force, de la méthode de la page blanche : on ne vous demande pas de croire ce qui est écrit ici, ni même ce qu’a écrit Jacques Breyer, ou Maître Eckhart, Thomas d’Aquin ou Lao Tseu, mais de reprendre, à votre tour et avec vos propres moyens, le chemin qui part de l’Origine pour redescendre jusqu’à vous. Chaque être qui s’y engage sincèrement le fait pour la première fois, même si d’autres l’ont fait avant lui.
Par ailleurs l’Origine éternelle rayonne « depuis toujours et à jamais » dans l’instant perpétuel. Elle est donc « éternellement nouvelle », et c’est en cela que cette Voie traditionnelle reste aussi toujours neuve : elle ne consiste jamais à répéter une doctrine reçue, mais à vérifier, dans l’expérience directe de chacun, ce que d’autres ont peut-être déjà vérifié avant soi, mais à leur manière, forcément différente de la sienne (si tant est que nous soyons tous infiniment différents les uns des autres).
Participer à nos ateliers. Rôle et limites de l’animation.
Le travail métaphysique gagne beaucoup à être partagé en groupe, dans le cadre de ce qu’on peut appeler des Ateliers de métaphysique. Ce dernier chapitre propose quelques repères pratiques pour qui souhaiterait organiser ou rejoindre un tel espace de travail collectif.
Plusieurs formes de travail possibles
La forme la plus classique consiste à travailler chacun de son côté un texte de référence convenu à l’avance — Des passages du livre de métaphysique « Terre Oméga », par exemple —, puis à partager en groupe ses éléments de compréhension, ses zones d’ombre, et les raisons pour lesquelles on est plutôt d’accord ou en désaccord avec la proposition étudiée.
Ces raisons, on les cherche toujours du côté d’un raisonnement sur l’Origine, plutôt que dans des préjugés ou des ressentis approximatifs, toujours suspects d’être colorés par nos conditionnements.
Le travail n’a pas besoin de s’appuyer sur l’autorité d’un philosophe ou d’un sage : il s’agit de remonter à la Source en pensant par soi-même, puis d’en tirer des applications concrètes pour sa vie.
Une autre manière de procéder engage directement le groupe sur des questions ouvertes, sans support de lecture préalable, chacun étant invité à y répondre à partir de sa propre réflexion et expérimentation.
Dans les deux cas, de nombreux sujets peuvent progressivement être abordés : la géométrie sacrée, l’enseignement symbolique du tarot initiatique, les correspondances naturelles, les différents états de conscience, ou encore les prémices d’un travail plus opératif, une fois du moins que suffisamment de bases métaphysiques ont été élucidées.
Les conditions d’un vrai travail collectif
Quelques conditions simples permettent à ce travail de porter ses fruits.
- La première, que nous avons déjà mentionnée plus haut, consiste selon une expression consacrée à « déposer les métaux » avant d’entrer en réflexion : laisser de côté ses préoccupations horizontales, s’accorder un moment de calme, une brève « douche mentale, » pour se concentrer et offrir au groupe le meilleur de soi-même.
- La deuxième condition est de ne jamais chercher à avoir raison ni à convaincre autrui. On cherche à voir clair ensemble, pas à gagner un débat. Chacun honore le point de vue de l’autre en le laissant s’exprimer jusqu’au bout, sans y opposer son propre ego.
- La troisième condition est un engagement de chacun, à la fois libre et sérieux. En effet, chacun reste entièrement libre de son rythme, de son cheminement, et peut quitter le groupe quand il le souhaite, et sans aucune justification à produire. Mais tant qu’il y participe, il se rend disponible et prend le risque de s’exprimer, plutôt que de se contenter d’assister passivement aux échanges des autres.
Une fraternité sans hiérarchie
Le symbole de la Table Ronde des chevaliers du Graal illustre bien l’esprit qui devrait animer ce type de travail : il n’y a pas de préséance entre Merlin, Arthur et les chevaliers, chacun depuis son siège autour de la table, regarde la même Vérité posée au centre de la table. Chacun dispose alors d’un angle de vue singulier et irremplaçable.
Un atelier de métaphysique fonctionne sur ce même principe fraternel et paritaire : on travaille ensemble, mais chacun d’abord par soi-même, sans position à défendre ni personne à convaincre. Et c’est la friction entre la réflexion des êtres qui produit une vision d’ensemble riche et colorée, dont tout le monde bénéficie.
Le rôle et les limites de l’animateur
L’animateur d’un tel atelier a un rôle précis, mais volontairement limité. Il initie la démarche, organise les rencontres, propose des questions ou des textes support, et apporte parfois quelques éclairages complémentaires aux méditations du groupe — un rôle assez proche, en somme, de celui d’un facilitateur professionnel en position méta, qui sert la dynamique collective plus qu’il ne la dirige.
Si l’animateur est souvent quelqu’un de rompu à cette démarche depuis plus longtemps que les participants, cela ne fait pas pour autant de cette personne quelqu’un de plus avancé sur le Sentier.
Les textes se découvrent toujours d’une manière neuve, y compris pour celui qui anime — la seule différence est qu’il a déjà traversé, par le passé, la phase de découverte que les autres sont en train de vivre.
Sa fonction n’est donc pas de détenir la vérité ni de trancher les débats, mais de tenir un espace où la réflexion de chacun peut se déployer librement.
Participer à un atelier
Un atelier reste, dans le meilleur des cas, un tremplin et un amplificateur : il stimule, aide à pénétrer un texte hermétique, propose des questions qui font réfléchir, offre le miroir des pensées des autres.
Mais il ne remplacera jamais le travail personnel, qui reste le cœur de la démarche — travail sur soi préparatoire, méditation persévérante sur l’Abstrait, et actes concrets d’application au fur et à mesure des prises de conscience.
Si d’aventure, à la lecture de ce livret, vous vous sentiez concerné par la recherche métaphysique tel que nous en parlons, et que vous souhaitiez participer à nos ateliers, nous vous fournirions un programme détaillé de notre cycle de travail sur 3 ans, ainsi que les modalités pour y participer :
- Il y a 11 rencontres par an :
- 4 journées entières en présentiel
- 7 séances de travail de trois heures en distanciel
- Du travail personnel et/ou en sous-groupes entre les sessions, selon l’initiative de chacun, dont nous ne nous mêlons pas (mais que nous recommandons vivement)
- Sachant que ce programme s’adapte à la dynamique du groupe et aux aléas de la vie, un programme indicatif, avec les dates et la répartition des thèmes de travail entre travail sur soi, métaphysique et opératif de 1er degré, est remis aux participants de chaque atelier.
- Des diaporamas commentés, proposant les apports clés, sont transmis en amont de chaque rencontre — tandis que les rencontres elles-mêmes sont animées par des pratiques et des exercices à vivre ensemble, suivis d’échanges et de partages d’expérience. Ceux-ci peuvent — et devraient, autant que possible — se prolonger en une pratique Les rencontres combinent trois dimensions complémentaires : exercices de travail sur soi, réflexion métaphysique, et travaux opératifs de premier degré.
- La participation à nos ateliers est payante, mais ouverte à toute personne motivée, quelque soient ses origines, ses convictions religieuses, son milieu social, son genre, son âge (la majorité légale étant tout de même un pré-requis).
- On est évidemment libre de quitter le travail à tout moment, mais on s’inscrit pour une année entière (avec des conditions de paiement étalées si nécessaire), gardant la liberté de s’engager dans le travail l’année suivante ou pas.
Conclusion
Ce livret n’avait pas la prétention de tout dire de la métaphysique — ce serait d’ailleurs contraire à son esprit même, qui ne se transmet pas comme un savoir clos, mais comme une invitation renouvelée à Réfléchir par soi-même.
Il visait plus modestement à poser les bases : ce qu’est la métaphysique, pourquoi elle a sa place dans une démarche spirituelle sérieuse, comment on peut concrètement s’y exercer seul ou en atelier, ce qu’elle produit dans la vie quotidienne, à quoi elle sert au fond, et pourquoi elle reste toujours neuve malgré son ancienneté.
Il vous reste, à présent, à vous rendre à la page blanche, pour y découvrir ce qui, en vous, attendait simplement d’être Réfléchi.
Le cheminement se poursuit inexorablement, et ce qui a été amorcé ici, dans la réflexion, appelle naturellement une mise en pratique plus concrète — celle de l’Opératif — qui fait l’objet d’un prochain livret.
« Les pieds sur terre et la tête dans les étoiles. » — Saint Jean
