Nous allons tenter de différencier deux formes de pensée : la pensée mentale et la pensée Causale. Les deux sont complémentaires.
- La pensée mentale est la pensée ordinaire, celle que vous connaissez bien, la pensée discursive qui porte sur la Dualité. C’est celle qui permet au cerveau, à partir du binaire, d’organiser une représentation du monde.
- Le pensée Causale est la pensée qui porte sur l’Abstrait Causal. C’est donc une pensée métaphysique, qui embrasse l’Unité. Elle est une pensée synthétique, globale, unitive.
Dans une démarche initiatique, on ouvre la conscience à sa profondeur. Comment faire cela ?
Dans une méditation métaphysique sur le Plan Causal, on tente de prendre conscience de l’Unité. Comment faire cela ?
Certainement pas par la pensée mentale ordinaire…
La pensée mentale est une pensée trompeuse
La pensée mentale ne fait que reconstruire une trame logique en fonction des repères du passé, qu’elle superpose à la réalité pour pouvoir la décoder plus rapidement. La pensée mentale est une sorte de système d’interprétation du réel, que l’on finit pour prendre à tort pour le réel lui-même.
La pensée mentale n’invente donc jamais rien, elle n’est que la reproduction de schémas appris antérieurement. Elle est un outil de la dualité, incapable d’accéder à l’Unité, comme nous le développerons dans le paragraphe suivant.
En fait, la pensée mentale, dite linéaire par opposition à la pensée circulaire ou systémique globale, est une approximation, une représentation que le cerveau construit et plaque sur la réalité (et non pas cette réalité elle-même).
L’illusion d’optique bien connue ci-dessous illustre le fonctionnement du cerveau et de la pensée habituelle, qui ramène les situations nouvelles à du déjà-vu, pour le classer au sein du système actuel.
Sur la photo ci-dessus, à l’évidence la table la plus longue est la bleue, n’est-ce pas ? Vous n’avez pas réfléchi, ce sont vos sens qui vous ont immédiatement renseigné sur les mesures approximatives des deux tables : la grise est large et courte, tandis que la bleue est longue et fine. Et pourtant si vous prenez un instrument pour mesurer, vous constatera avec stupeur que les deux tables ont exactement les mêmes dimensions (largeur et longueur).

Il s’agit d’un amusant effet trompe l’oeil qui induit le cerveau en erreur.
Et , même maintenant, que vous avez procédé à une vérification objective, votre pensée mentale continue à vous tromper. Les mécanismes de la pensée ordinaire poursuivent leurs habitudes et projettent toujours les repères antérieurs sur l’image pour l’interpréter de manière erronée (et vous et moi, continuons à ressentir que la table bleue est plus longue que la grise !)…
Cela illustre les limites de la pensée mentale, qui n’est que répétition d’automatismes d’approximation, et non pas conscience directe.
La pensée mentale n’accède qu’à la dualité

Pour accéder au Réel, il faut pouvoir dépasser le mental et sa forme de pensée horizontale. C’est ce que ce symbole du portique nous indique :
- La dualité est représentée par les deux colonnes, qui portent à comparaison ;
- L’Unité est représentée par le Fronton, qui dépasse et unifie les colonnes, en allant au-delà de la dualité.
Ce symbole est une sorte de piège pour le mental qui reste comme retenu dans les colonnes. Seule accède au fronton, enfin libre et radieuse : la pensée Causale.
La pensée Causale est une forme de conscience sans pensée
La conscience n’est pas la pensée mentale. Elle est en amont et au-delà des pensées. Elle contient les pensées, mais n’est pas elle-même une pensée.
La conscience causale est à la fois avant, pendant et après la pensée mentale.
- Avant la prochaine pensée, vous êtes déjà conscient.
- Après elle, vous êtes encore conscient.
- Pendant que vous pensez à quelque chose, non seulement vous êtes conscient du contenu de la pensée, mais vous pouvez être conscient que vous êtes en train de penser.
Donc vous voyez bien que la conscience n’est pas la pensée et que puisque vous êtes conscient d’elle, c’est que vous n’êtes pas la pensée.
Etre la conscience
La métaphore de l’écran de cinéma est parlante. Ici, l’écran sera l’équivalent de la conscience, tandis que les images projetées sont l’équivalent des pensées du mental.
- L’écran n’est pas constitué d’images puisque lorsque le projecteur s’éteint, il n’y a pas d’images, alors que l’écran est toujours là.
- Cependant, les images sont obligées d’emprunter la contexture de l’écran pour se matérialiser devant nos yeux. S’il n’y avait pas d’écran pour arrêter la projection de lumière, aucune image ne serait visible.
De même que la substance des images du film projetées sur l’écran est en quelque sorte l’écran lui-même, qui leur donne vie, la matière première de nos pensées est la conscience. Les pensées émanent de la conscience, et se développent au sein de la conscience.
Et, de même que c’est l’écran, qui permet de voir les images projetées, c’est la conscience qui permet d’apprécier non seulement le contenu des pensées, mais aussi leur présence. La conscience perçoit le processus mental de la pensée.
Ce que vous êtes, c’est la Conscience, consciente des pensées…
Passer du mental au Causal
La pensée mentale est une faculté très utile, pour organiser les activités courantes de l’horizontale, mais il faut savoir s’exonérer de son processus de temps en temps au moins, quand il est nécessaire d’aller au-delà de la pensée ordinaire pour accéder verticalement à l’expérience d’Unité, qui par nature échappe au mental.
C’est cela qui doit être fait dans les ateliers de métaphysique, lorsque l’on cherche à comprendre le monde Causal. La pensée mentale n’y a pas accès, il faut donc la laisser en retrait pour développer une autre forme de pensée, la pensée Causale.
Et vous en aurez une perception très distincte, quand dans une conversation ou une méditation sur l’Arcane, vous sentirez comme une couronne sur votre tête. Vous sentirez quelque chose se clarifier et se concentrer. C’est l’émergence de la Pensée Causale.
Avant un atelier, on se livre traditionnellement à ce qu’on appelle un « vide mental« . On cherche à calmer le mental, pour pouvoir laisser émerger du fond de soi cette pensée Causale, une autre forme de pensée, sous-jacente à la pensée habituelle.
Bien entendu, on ne peut pas complètement vider le mental de ses pensées. « Il est aussi naturel de trouver des pensées dans le mental que de trouver des vagues dans l’océan » disent les tibétains à juste titre, dans le Dzogchen.
Désinvestir la pensée binaire habituelle
On ne peut pas facilement arrêter le mécanisme de la pensée. Les pensées semblent être générées automatiquement, jusqu’à ce qu’elles s’épuisent d’elles-mêmes un jour peut-être…
En attendant, ce qu’on peut faire, c’est se désintéresser du contenu des pensées, et surtout : cesser d’y croire !
- Dans le cas de l’illusion d’optique de tout-à-l’heure, les automatismes cognitifs de la pensée mentale vous induisaient en erreur sur l’appréciation des mesures des deux tables. Il n’était donc pas pertinent de croire au contenu de la pensée mentale.
- On le sait bien par ailleurs, les pensées dites « négatives » par exemple, déclenchent des catégories d’émotions, dont les effets répétés peuvent être toxiques pour le corps. Il vaut mieux ne pas les cultiver, et ne pas trop les suivre quand elles émergent du fond de la conscience.
Pour cela, un très bon exercice consiste à prendre un peu de recul pour regarder non pas le contenu des pensées, mais leur processus. Pour le débrancher, le désinvestir. C’est cela que se propose de faire la méditation, quand on reste assis sur un coussin à regarder passer les pensées sans s’y accrocher, appréciant la sensation globale du corps et de l’environnement.

Lâcher la saisie
Les problèmes dans la vie, viennent du fait qu’on veut toujours se saisir de tout. On voudrait « contrôler ». En s’adonnant à cette folie, on renforce l’ego, la fausse croyance que nous sommes une personne, séparée de tout ce qui semble être perçu à l’extérieur.
Inversement, à force de se désidentifier du contenu des pensées, l’ego perd de sa consistance, il devient de plus en plus transparent et aligné sur l’être profond.
Dès lors, l’esprit que “je suis” se met à l’écoute, à l’écoute du processus même de l’écoute… On contemple, ce qui se présente, sans commentaires, sans défense et sans désir, mais en appréciant pleinement l’instant présent.
Quand la conscience cesse de s’identifier systématiquement aux objets perçus (on cesse de confondre l’écran de la conscience avec les images projetées dessus), elle peut reconnaître qu’elle est la substance même, le support, de chaque expérience… Alors, au lieu de se contenter de se dés-identifier, l’esprit va dorénavant pouvoir aussi s’engager pleinement dans chaque expérience.
Ce sera une nouvelle forme d’engagement, parce que tant qu’on est pris par les automatismes du mental, tant qu’on est pris par l’idée que nous sommes l’ego, on ne s’engage que partiellement.
L’exercice de la Pensée Causale
La conscience qui cesse de s’auto-limiter, peut se déployer dans sa propre vastitude.
Au passage, cela détend à la fois le mental et le corps.
Ainsi, au lieu de ne jamais trouver votre place, vous allez pouvoir enfin vous sentir partout chez vous, parce que vous serez pleinement investi en vous-même, dans votre corps bien sûr, et par lui : dans le fond de la conscience Causale.
- La méditation sans objet, à l’orientale, est intéressante.
- La méditation à l’Occidentale ne l’est pas moins.
La méditation traditionnelle Occidentale consiste à prendre l’Unité métaphysique pour objet de contemplation, sans pensée mentale. En se concentrant ainsi sur les Géométries Causales, en lisant le sens enclos dans les lignes de l’Arcane de « Terre Oméga », on est obligé de lâcher le mental et de muscler le Causal. Mieux que cela : le mental devient même l’outil du Causal, il se met à son service pour organiser par le langage les découvertes du Causal.
Le mental restructure peu à peu sa représentation du Réel, dans laquelle il intègre sa propre impuissance. Dès lors, l’ego, qui n’est qu’une pensée entretenue par le mental, est démasqué dans son principe, et perd de sa prégnance, en même temps que le mental se calme.
En revanche, une densification s’opère dans la conscience éclairée de l’intérieur, grâce au Miroir des Géométries. En frottant le mental sur Elles, celui-ci se purifie au fur et à mesure que la Conscience s’illumine. Elle réalise sa propre Lumière. Dieu reprend peu à peu sa couronne, au coeur même de l’Etre. Bienvenue à la maison…
